Le tirage au sort, un choix moins inégalitaire ?
C'est la théorie très intéressante de Jon Elster, professeur au collège de France qui travaille sur l'analyse comportementale de l'humain.
Voici une interview qui développe son propos. Il s'agit de toute une réflexion sur la persistance de la norme et de la rationalité chez l'humain. Ses exemples (comme celui du problème du choix des demandeurs d'organes) son souvent troublants. Il est vrai que l'équité est un concept très relatif, et il serait donc envisageable de ce dire que le hasard pourrait en être une des (nombreuses) formes.
( Je vous prévient il faut être un peu concentré pour tout suivre ! )
Il explique qu'avoir recourt au hasard est un moyen simple et efficace d'éviter de servir une cause ou une autre dans un but non intéressé, et sans maximiser les intérêts des un et des autres, qu'ils soient positifs ou négatifs.
En effet, le seul moyen de prouver qu'un choix est désintéressé est de s'assurer que ce choix est le fruit du hasard. Dans tout les autres cas, on ne peut être toujours sûr que les décisions prises le sont sans l'influence d'un quelconque intérêt. A l'heure actuelle le choix entre plusieurs entités est fait, dans les démocraties, sous forme de référendum ou de scrutin. Dans les dictatures il est issu du choix d'une seule personne. Dans les deux cas le choix est imposé par une partie de la population sur un autre partie de la population. Dans le cas où les principales décisions devenaient liées à un choix arbitraire, le sentiment d'injustice (basé sur le choix d'une ou plusieurs personnes en faveur d'une solution plutôt qu'une autre) disparaît. Il s'agit évidemment d'un paradoxe car la nature même du hasard réside dans sa totale irrationalité, et donc sa potentielle injustice.
Notre société rejetterait quelqu'un qui laisserait le hasard guider ses actes et aurait - au moins - l'air d'un doux dingue, voir pire. On ne peut imaginer de laisser au hasard un choix, surtout si ce choix est rendu difficile par un éventuel doute (on pense par exemple à une décision de justice). Coupable ou non coupable ? Dans ce genre de cas, il y a une chance sur deux pour que le hasard ne soit pas très juste. Mais comment pouvoir faire cohabiter le sentiment de justice et le désir de vengeance alors ?
Le plus délicat est peut-être le sujet de la garde de l'enfant en cas de séparation des parents. La justice voudrais que l'enfant soit avec son parent le plus apte, mais il est quasi impossible de quantifier et de graduer la qualité parentale d'une personne. Et si tant est qu'on admette que cela soit quantifiable, le processus d'évaluation serait une vraie gageure pour les personnes concernées, mise face à leurs imperfections. Selon Mr Elster il aurait donc été plus simple de faire un pile ou face pour décider ! Évidemment il souligne que personne n'y a jamais porté un quelconque soutient, et il comprend que ça ne se fera jamais.
Le contre exemple de ce couple souhaitant adopter, mais ayant été rejeté par un tirage au sort pour l'adoption d'un enfant, est pourtant édifiant. Les deux personnes ont reconnu se sentir mieux en sachant que le refus est le fruit du hasard, et non pas la suite d'un processus de jugé / rejeté qui aurait peut-être laissé des séquelles.
Un sujet passionnant !
